Marseille and Lampedusa, two cities that are hubs, two cities full of history, encounters, paths, movement. Samuel Gratacap’s photography and documentary project began in 2007 in Marseille, in a detention centre for undocumented immigrants: for him, it was essential to understand the political and geographical situation at play on the ground, through contact with those who experience it. This resulted in portraits and testimonies of “detainees”, men left in this in-between world. In 2010, he went to Lampedusa, as if to make the journey in reverse, in order to return to the path travelled, to meet “those who remain” as he says, and to fit the pieces of the puzzle together. And it was there that the documentary writing became charged with life, of memories incarnated in objects, since Gratacap collected documents that belonged to migrants, gathered on the beaches of Lampedusa and in the cemeteries of clandestine boats: these are fragments of life, bits of writing, envelopes never sent, a message in a bottle that never reached its destination, photographs destroyed by time, wind and salt… He decided to photograph these marks of existence and thus testify to what has been buried, like an archaeologist bringing the past back to life. Lampedusa is also deserted, with endless roads where the sun beats down and where an abandoned scooter sits idly. Léa Bismuth

Marseille et Lampedusa, deux villes qui sont des noeuds, deux villes chargées d’histoires, de rencontres, de trajectoires, de mouvement. Le projet photographique et documentaire de Samuel Gratacap prend naissance en 2007 à Marseille, dans un centre de rétention pour “sans-papiers” : pour lui, il était indispensable de comprendre la situation politique et géographique en jeu sur le terrain, au contact des êtres qui la vivent. En résultent des portraits et des témoignages de “retenus”, d’hommes laissés là dans ce monde de l’entre-deux. En 2010, il s’est rendu à Lampedusa, comme pour faire le trajet inverse, afin de retourner sur le chemin du voyage, rencontrer “ceux qui restent” comme il le dit, et reconstituer les pièces du puzzle. Et c’est là que l’écriture documentaire se charge de vie, de souvenirs incarnés dans des objets, puisque Gratacap opère un travail de collecte de documents ayant appartenu à des migrants, récoltés sur les plages de Lampedusa et dans le cimetière des embarcations clandestines : ce sont des fragments de vie, des bouts d’écriture, des enveloppes jamais envoyées, une bouteille à la mer jamais arrivée à destination, des photographies détruites par le temps, le vent et le sel…Il décide de photographier ces marques d’existences et se fait ainsi le témoin de ce qui a été enseveli, comme un archéologue faisant rejaillir le passé. Lampedusa, c’est aussi le désert, des routes à n’en plus finir, où le soleil tape fort et où s’ennuie un scooter délaissé. Léa Bismuth